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Nous avons voulu savoir d’où venaient ces mystérieux chats « des forêts » de Madagascar. Voici ce que nous avons découvert

19 Sep 2021

Un chat de forêts Image capturée par les pièges photographiques du projet

Séparée de toutes les autres masses terrestres depuis le Crétacé supérieur, lorsque les dinosaures dominaient encore de nombreuses régions de la Terre, Madagascar a longtemps été considérée comme un « laboratoire naturel de l'évolution ». Son long isolement a donné naissance à une faune et à une flore uniques, dont la plupart ont évolué sur place.

Madagascar ne compte que quatre groupes de mammifères terrestres endémiques : les primates (lémuriens), les rongeurs, les afrothères (autrefois insectivores, comme les tenrecs) et les carnivores. Pourtant, une grande diversité peut être observée au sein de ces quatre groupes.

En ce qui concerne les carnivores terrestres endémiques, un seul groupe est reconnu : Les Eupléridés. Le plus grand d'entre eux est le fossa (fosa). Ce n'est ni un félidé (famille des chats) ni un canidé (famille des chiens). Il est proche de la mangouste et pèse entre 5 et 10 kg. Il a longtemps été le principal prédateur mammifère des lémuriens et autres mammifères malgaches.

Ainsi, l'opinion généralement acceptée est que Madagascar n'a pas de chats indigènes (c’est-à-dire de félidés). Pourtant, ils sont très nombreux sur l'île.

On trouve deux types généraux de chats à Madagascar : les chats de village et une espèce sauvage « forestière ». Les Malgaches ont longtemps fait la distinction entre cette dernière et les chats domestiques dans les villages ou sauvages, l’espèce forestière étant souvent considérée comme une menace pour les animaux domestiques, tels que la volaille. D'après les récits de témoins occulaires et les rapports -– y compris les nôtres –- ce « chat des forêts » sauvage et peu connu est également un prédateur féroce des célèbres lémuriens de Madagascar.

Les « chats des forêts » se distinguent par leur apparence extérieure, avec une fourrure « tabby » ou tigrée, des pattes plus longues et une taille plus imposante (pesant jusqu'à 5 kg) que les autres félins.

chat de forêts.

En revanche, les chats « de village » ressemblent généralement aux chats domestiques que l'on voit dans le monde entier – une couleur de fourrure unie (souvent blanche), des pattes plus courtes et un poids d'environ 2 kg.

Chat de village.

La morphologie externe des chats des forêts est donc très différente de celle des chats de village. Elle est, par ailleurs, assez proche – en apparence – des chats sauvages africains, observés dans les parties orientale et méridionale de l'Afrique continentale.

Par conséquent, l'origine des chats « forestiers » ou « sauvages » de Madagascar a longtemps été un mystère. Descendent-ils du chat sauvage africain (Felis lybica) arrivé avec les pasteurs d'Afrique de l'Est, qui dominent culturellement les régions méridionales de Madagascar ? Sont-ils issus des chats domestiques (Felis silvestris) récemment arrivés d'Europe, du royaume d'Arabie ou d'Asie du sud-est ?

Pour déterminer l'origine/les origines des « chats des forêts » malgaches, nous avons, avec nos collègues, réalisé cette étude.

Nos conclusions révèlent que ces animaux sont des descendants de chats de la région de la mer d'Arabie. Ils ne tirent pas leurs origines des chats sauvages d'Afrique continentale, mais sont plutôt apparentés aux chats domestiques.

Sur la piste des chats

Notre équipe, issue de la collaboration entre des scientifiques de six pays sur trois continents, a recueilli les données génétiques de 30 chats « forestiers » de Madagascar à deux endroits distincts : trois individus de la réserve spéciale de Bezà Mahafaly dans le sud-ouest, et 27 autres du parc national d'Ankarafantsika dans l'extrême nord de l'île.

Ces données ont été comparées à environ 1900 échantillons de divers chats domestiques et sauvages à travers le monde, afin d'évaluer le degré de parenté avec les espèces sauvages malgaches.

Les données collectées par notre équipe – combinant l'expertise, l'expérience et les compétences des scientifiques sur le terrain et en laboratoire – ont montré que les « chats des forêts » malgaches sont plus étroitement associés notamment avec les chats domestiques provenant spécifiquement de la région de la mer d'Arabie, notamment les îles kenyanes de Lamu et de Pate. Les chats malgaches sont donc des descendants des chats domestiques de la région de la mer d'Arabie et non des chats sauvages d'Afrique continentale.

Origines

Quand et comment cette diaspora animale a-t-elle commencé ? Les chats de la mer d'Arabie et des îles du Kenya sont sans doute arrivés à Madagascar au cours du dernier millénaire, ou un peu avant, par le biais du commerce maritime sur la mer d'Arabie. Plusieurs vagues migratoires vers Madagascar, depuis le royaume d'Arabie, se sont succédées au cours des 1000 dernières années.

Ces migrations ont apporté une architecture, des composantes linguistiques et finalement une écriture au 18e siècle ; elles ont également amené des chats. Ainsi, les « chats des forêts » malgaches sont des migrants océaniques venus d'ailleurs commme les autres mammifères terrestres introduits par l'homme plutôt que tranportés par des radeaux non artificiels, tout comme qu’au gré de processus « radeau » naturels, tout comme les ancêtres des lémuriens de Madagascar.

Étudier ou éradiquer ?

Quelles sont les implications de ces nouvelles informations pour ces félidés? Nos résultats semblent indiquer que les « chats des forêts » de Madagascar ont pu être introduits il y a un millénaire et, dans ce cas, l'étude de leur comportement, de leur biologie et de leur écologie permet de lever le voile sur la façon dont les espèces exotiques s'adaptent à la biogéographie insulaire, mais aussi d’avoir un aperçu des dispersions félines.

Il faut noter que nos conclusions posent également la question du rôle de ces chats dans les écosystèmes forestiers de Madagascar. Devraient-ils être éradiqués – du moins dans les réserves protégées – comme cela a été fait sur d'autres îles pour les espèces introduites ?

Les questions de conservation entourant ces nouvelles données sont complexes et nécessitent qu'il y ait des discussions approfondies pour comprendre l'histoire complète des « chats forestiers » malgaches.

Frank Cuozzo a reçu des financements de The International Primatological Society, Primate Conservation Incorporated.

Michelle Sauther a reçu des financementé de l'Université du Colorado-Boulder et de Margot Marsh Biodiversity Foundation.


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This content was originally published by The Conversation. Original publishers retain all rights. It appears here for a limited time before automated archiving. By The Conversation

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